Memento Sorices

« Belles journées, souris du temps,
Vous rongez peu à peu ma vie.
Dieu ! Je vais avoir vingt-huit ans,
Et mal vécus, à mon envie. »

« La Souris » in Le Bestiaire, Guillaume Apollinaire avec des gravures de Raoul Dufy, Deplanche, Paris, 1911.

Marine Seira

Memento Sorices, d’après « La Souris », G.Apollinaire et R.Dufy

Janvier 2021

12×18 cm

Cadre leporello en papier Hanji Nuage Coréen et feuilles centrales rongées par rongeurs, en papier Mitsumata JM3

Encre/bouillon de chou rouge

1 exemplaire

En lien avec la thématique de « Dévorer le livre », cet ouvrage propose une interprétation matérielle et littérale du poème « La Souris », par Appolinaire (Le bestiaire, 1911), illustré en parallèle par une xylogravure de Raoul Dufy. La dévoration des pages centrales, calligraphiées, par des souris fait à la fois écho au thème, au poème, et référence à la nature de conservation du temps et de la mémoire qu’est le livre. Hommage bibliophilique et objet fragile donné et à donner à détruire, Memento Sorices incarne une interprétation de la fuite des jours, grignotés par les souris du temps.

L’enjeu était d’apporter une interprétation et surtout une dimension nouvelle au poème et à la gravure. Plus, il s’agissait de rassembler tous les aspects de réflexion que l’oeuvre rassemble (bibliophilie et préciosité, consommation/dévoration, fuite du temps romantique et destruction) de manière cohérente, en un seul objet, et de rendre cela sensible au contact, à la vue de l’objet. Le travail de la main, la préciosité et la fragilité, voire friabilité des matériaux ont permis la matérialisation de la pensée de ce memento mori particulier  et romantique mettant en lien nature et temps, qu’est « La souris ». L’addition de l’intervention  de rongeurs sur le papier, l’usage de chou pour l’encre, l’apparence et la provenance brutes et naturelle des matériaux, font du Memento Sorices, non plus seulement une interprétation du poème, mais une incarnation livresque de celui-ci.

2 réponses sur « Memento Sorices »

L’idée d’une interprétation de l’oeuvre originale par la mise en scène du livre est super intéressante et rajoute une réflexion sur la place du livre en lui même et sur sa création. Ça me fait penser au livre La Maison des Feuilles de Mark Z. Danielewski oùla mise en page est contournée de manière fascinante

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